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Villes hommes/femmes

Katia Vilarasau

MGEN 01-2017

 

Seules 10% des 400 plus grandes villes du monde sont gouvernées par des femmes.

Espaces majoritairement pensés et occupés par les hommes, les villes constituent un milieu hostile pour une majorité des femmes. Les difficultés d'usage et de déplacement ont même tendance à se renforcer dans nos cités qui se veulent pourtant modèles et durables.

Analyse

Les études menées par les géographes, sociologues et urbanistes sont unanimes : l'espace urbain est fait par et pour les hommes et ce, dès le plus jeune âge. « Les équipements culturels et de loisirs dédiés aux jeunes, comme les skateparks ou les citystades, sont majoritairement occupés par les garçons, relève le géographe Yves Raibaud. De même, Les collectivités publiques n'hésitent pas à construire des stades pour 40000 supporters masculins, sans investir l'équivalent pour des activités féminines.»

La ville durable creuse les inégalités

Ces enquêtes montrent également qu'à la différence des hommes qui ont une approche ludique et récréative de la ville, les femmes privilégient les déplacements fonctionnels, ralliant un point à un autre, du domicile à la crèche, puis au lieu de travail... sans vraiment y stationner.

Cette disparité tient au fait que les femmes assument à 75% les déplacements destinés à accompagner les enfants et les personnes âgées, ainsi que plus des deux tiers des courses et tâches ménagères.

Elle s'explique aussi par le sentiment d'insécurité qui découle du harcèlement de rue : « 100% des femmes adoptent des stratégies de précaution lorsqu’elles abordent la ville de nuit », note Yves Raibaud.

On pourrait penser que la ville « durable », qui valorise les transports « doux », favorise le vivre ensemble.

Au contraire, selon le géographe, « elle creuse les inégalités hommes-femmes ».

Le vélo ?

L’arrivée d‘un deuxième enfant entraîne presque toujours son abandon chez les femmes. Les espaces piétonniers ne font qu’allonger leur temps consacré aux déplacements, et le covoiturage n'est pas adapté à leurs besoins.

« Lors des phases de concertation, largement dominées par les experts hommes, la voix des femmes reste inaudible. La ville est de plus en plus organisée pour les hommes jeunes, valides, en bonne santé et libres d'obligations familiales ».

La question des espaces réservés

Si les transports publics assurent mieux que la voiture les déplacements des femmes des classes populaires, « ils peuvent concentrer, selon Marion Tillous, géographe, une forme spécifique de violence physique et verbale, due à la forte densité des voyageurs qui empêche les femmes de pouvoir s'en extraire facilement ou de s'exprimer.

La création d`espaces non mixtes, telles que les voitures de métro réservées aux femmes, au Caire ou à São Paulo, constitue une réponse immédiate à ce problème, mais soulève également des questions. « Notamment sur l'accueil réservé aux femmes qui se rendent dans les voitures mixtes, sur la façon de faire respecter cette disposition ou sur la formation des personnes chargées du contrôle », relève Marion Tillous.

L’alternative ?

Investir massivement dans le secteur des transports collectifs publics, afin de réduire la densité des voyageurs. « Cela implique aussi de modifier les rapports de force, poursuit la géographe, en pratiquant la parité systématique a toutes les échelles et en interdisant les publicités sexistes qui entretiennent la culture du viol et du non-consentement ».

Signe d’encouragement, pour Yves Raibaud, ces questions d'égalité sont aujourd’hui devenues des enjeux politiques majeurs, annonciateurs de changements profonds de société.

« Reste à nous interroger également sur l'éducation donnée aux garçons afin de les rendre capables de s'insérer dans des sociétés mixtes et d'en partager les espaces et les ressources ».

 

Katia Vilarasau

 

 

 

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