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Éducation à la sexualité : l'école doit mieux faire

CORALIE HANCOK - Science & Vie 1277 - février 2024

Éducation à la sexualité : l'école doit mieux faire

Contraception, IST, consentement ... Nombre d'experts estiment qu'il est essentiel d'éduquer les enfants à la sexualité le plus tôt possible.

Or, malgré la législation qui prévoit un enseignement tout au long de la scolarité, la France accuse un retard important. Le Conseil supérieur des programmes planche sur le sujet.

PAR CORALIE HANCOK

C'est un sujet qui traîne sur la table de Gabriel Attal depuis son arrivée au ministère de l'Éducation nationale : l'été dernier, son prédécesseur Pap Ndiaye avait officiellement demande au Conseil supérieur des programmes (CSP) d'élaborer un projet d'éducation à la sexualité depuis le cours préparatoire jusqu'a la terminale. Or, au moment ou nous écrivons ces lignes, le CSP n'a pas encore rendu ses propositions : les enseignants ne disposent donc pas de programme officiel a cet enseignement, a l'exception des notions sur le corps humain et la reproduction incluses dans les cours de sciences.

L'éducation sexuelle est pour tant censée être enseignée à l'école, et ce, depuis la circulaire Fontanet, qui date de 1973 ... Avec l'apparition du sida, d'autres ont suivi. Puis, en 2001, les parlementaires ont introduit dans la loi sur l'IVG et la contraception un article spécifique rendant obligatoire au moins trois séances annuelles dans les écoles, les collèges et les lycées.

 

OBLIGATION LÉGALE

Vingt-trois ans plus tard, et en dépit de nombreuses autres circulaires et décrets ayant confirmé et précisé cette obligation légale, force est de constater que l'éducation a la sexualité reste trop peu dispensée dans les établissements.

En septembre dernier, un baromètre réalise par l'institut de sondage OpinionWay auprès de 2 148 jeunes de 16 à 20 ans révélait que ces derniers n'avaient reçu en moyenne que 3,2 séances sur la totalité de leur parcours scolaire ...

En 2016, un rapport du Haut conseil a l'égalité montrait que, sur 3 000 établissements scolaires interrogés, 25 % n'avaient mis en place aucune action ni séance particulière. Et en juillet 2021, un rapport émanant de l'Inspection générale de l'éducation, du sport et de la recherche, indiquait que seuls 13,5 % des élèves de primaire, 18,2 % des collégiens et 13,1% des lycéens avaient bien bénéficié, en 2020-2021, des trois sessions prescrites par la loi.

 

Pourtant, l'éducation à la sexualité a fait ses preuves.

"En termes de santé publique, elle permet de répondre aux questions liées à la reproduction, à la contraception, à l'IVG ou à la lutte contre les infections sexuellement transmissibles (IST), énumère Frederic Galtier, sexologue et formateur au sein de l'Instance régionale d'éducation et de promotion de la santé Auvergne-Rhône-Alpes.

Or les sondages réalises par Sidaction montrent que les connaissances des 15-24 ans sur le VIH décroissent d'année en année." Des lacunes que pourrait combler ce type de programme : dans une méta-analyse de l'université américaine Johns Hopkins publiée en 2014, les auteurs concluent que les adolescents ayant suivi à l'école des cours d'éducation à la sexualité ont une meilleure connaissance du VIH et se sentent davantage capables d'exprimer leur non-consentement. Ils ont aussi permis d'augmenter de 34 % l'usage du préservatif et - contrairement aux idées reçues -de repousser l'âge des premiers rapports chez les adolescents.

 

GROSSESSES PRECOCES

 Aux Etats-Unis, où le Département de santé finance depuis 2009 une revue sur la prévention des grossesses adolescentes, un rapport publie en avril 2023 montre que, sur 18 nouveaux programmes identifies, au moins 7 ont eu un effet favorable sur l'utilisation de moyens de contraception.

Enfin, les Pays-Bas - qui ont mis en place d'ambitieux programmes d'éducation sexuelle depuis des années - sont parmi les pays enregistrant le moins de grossesses précoces : 3 adolescentes (de 15 a 19 ans) néerlandaises sur 1000 donnent naissance a un enfant chaque année, contre 8 en France, 11 au Royaume-Uni et 17 aux États-Unis (source Unicef, 2019).

Des chiffres qui s'expliquent notamment par un meilleur recours à la contraception : 11 % seulement des adolescents néerlandais n'en avaient pas utilisé lors de leur dernier rapport, contre 26 % des jeunes français. Et selon l'OMS, entre 2015 et 2019, le taux d'IVG tous âges confondus était deux fois plus faible aux Pays-Bas (7/1 000 femmes de 15 à 49 ans) qu'en France, (14/1 000).

Évidemment, ces enjeux concernent bien plus les lycéens que les écoliers ; alors pourquoi vouloir commencer des le CP ? Les enfants s'interrogeant sur la sexualité dès le plus jeune âge, il est primordial de les éduquer le plus tôt possible. "Le problème, c'est que, très souvent, la sexualité est trop reliée à la génitalité et aux relations entre adultes.

Lorsqu'un jeune enfant demande comment on fait les bébés, ce qui l'intéresse, ce n'est pas comment les adultes ont fait pour le concevoir mais pourquoi et comment il est né", souligne Sonia Lebreuilly, sexologue et éducatrice en santé sexuelle.

 

"À 5 ans, une explication qui parle d'amour entre un papa et une maman qui donnent chacun une petite graine suffit à satisfaire leur curiosité, assure Jean-Yves Hayez, pédopsychiatre et professeur émérite à l'Université catholique de Louvain, en Belgique. Mais l'éducation à la sexualité, c'est bien plus qu'expliquer les différences entre le corps des garçons et celui des filles, ou comment on fait les bébés. Ainsi, je pense que le terme même d'éducation à la sexualité est trop restrictif : l'un des objectifs de l'école, c'est aussi de former des citoyens, de leur inculquer des valeurs fondamentales comme le respect de soi et des autres."

 

Ce que confirme la sexologue Véronique Baranska :

"L'éducation sexuelle, c'est tout simplement une éducation à la vie, au vivre ensemble.

C'est aussi apprendre aux enfants quels sont leurs droits."

 

Dans ce cadre, on peut, des la maternelle, aborder la question du consentement, par LE DROIT DE DIRE "NON" exemple en leur expliquant qu'ils n'ont pas le droit de toucher les fesses de leurs camarades ou de faire un bisou à quelqu'un si celui-ci n'est pas d'accord, et qu'ils ont aussi le droit de les refuser. "De telles séances participent a la lutte contre les violences sexuelles et les incestes, avance Sonia Lebreuilly.

 

Si les enfants ne savent pas nommer leurs parties intimes ou s'ils ne s'autorisent pas a dire non aux adultes, ils ne peuvent ni se défendre contre les violences qu'ils subissent ni même les reconnaître ou les dénoncer."

 

L'éducation à la sexualité permet également d'informer les enfants sur des sujets sociétaux : "Notamment l'égalité des genres et la lutte contre les discriminations : une éducation sexuelle efficace, ça serait moins de féminoïdes et moins de LGBT-phobie", estime Veronique Baranska.

 

"Lutter contre les discriminations sexuelles, c'est aussi déconstruire les stéréotypes de genre. On peut tout a fait, des la maternelle, faire réfléchir les enfants aux métiers dits masculins ou féminins", ajoute Frederic Galtier.

 

Au collège, la question de la pornographie peut également être abordée.

 

Alors qu'un enfant de 12 ans sur trois a déjà été confronté à des images pornographiques, de nombreuses craintes se font entendre quant a leur impact sur les comportements des jeunes. "Il n'y a pas de preuve réelle que le porno augmente les violences sexuelles. En revanche, les entretiens que nous avons mènes auprès des jeunes montrent une influence claire sur l'image du corps : puisque les pornos plaisent aux garçons, les filles se disent que leur corps doit correspondre a ceux que l'on voit dans ces films, autrement dit qu'elles doivent être minces, avoir de gros seins et être intégralement épilées, énonce Arthur Vuattoux, maître de conférences en sociologie à l'université Paris 13. Déconstruire ces images véhiculées par le porno, c'est aussi lutter contre les dysmorphophobies - les pensées obsédantes sur des prétendues imperfections physiques - et les troubles alimentaires induits."

 

MANQUE DE MOYENS

Dans ces domaines, toutefois, les preuves d'efficacité des programmes d'éducation à la sexualité se font plus rares. "Il arrive que des enfants dénoncent les violences sexuelles qu'ils subissent à l'issue de ces séances ... ou plusieurs mois après", indique Sonia Lebreuilly.

Difficile, dès lors, d'établir avec certitude un lien de cause à effet. "D'un point de vue empirique, les instituteurs font en tout cas état d'un climat plus apaisé en classe", pointe la sexologue.

 

Mais alors, compte tenu de ces nombreux enjeux, comment expliquer que l'éducation sexuelle n'ait pas trouve sa place a l'école ? "Il y a d'abord un manque de moyens et un gros déficit de formation. Et puis les enseignants sont parfois gênés d'aborder ce sujet et peuvent craindre les réactions des parents", souffle Sonia Lebreuilly.

 

"Peut-être aussi que trois séances par an, ce n'est pas une si bonne idée : les enseignants doivent céder une heure de cours pour qu'elles aient lieu et l'animation retombe presque toujours sur les infirmières scolaires, explique Frédéric Galtier. Il y aurait sans doute plus d'adhésion de la part des élèves et moins de crispation de la part des parents si l'éducation sexuelle était abordée de façon transdisciplinaire. Par exemple à travers des textes sur l'amour en français, des travaux sur la représentation du corps dans la publicité en cours d'arts plastiques, des notions sur le respect et l'égalité en histoire et en éducation civique, etc." Les propositions du Conseil supérieur des programmes iront-elles dans ce sens ? Réponse bientôt ...

 

Les trois volets d'une bonne éducation à la sexualité

 

L'approche biologique

si l'on peut parler d'anatomie et de physiologie dès la maternelle, les questions autour de la reproduction et de la puberté sont généralement enseignées à la fin du primaire et au début du collège.

La contraception et les infections sexuellement transmissibles sont, elles, abordées a la fin du collège et au lycée.

 

Les approches psychoaffective et sociale

Ici, c'est le point de vue de l'individu sur la sexualité qui est aborde : les 'émotions et les sentiments, ainsi que les notions de consentement, d'orientation et d'identité sexuelles. Mais ce champ s'ouvre également à la question de la sexualité dans la société, à travers la lutte contre les discriminations, le harcèlement et les violences sexuelles et sexistes.

 

3,2

C'est, en moyenne, le nombre de séances d'éducation sexuelle que les jeunes Français de 16 à 20 ans ont reçu au cours de leur parcours scolaire, selon un sondage réalisé par OpinionWay en 2023. La loi en prévoit pourtant trois par an

 

42%

C'est le taux de garçons de 16 a 20 ans (29 % pour les filles) qui, d'âpres le même sondage, regardent du porno pour en savoir plus sur le sexe. Selon le gouvernement, près d'un tiers des enfants de 12 ans ont été exposés à la pornographie.

 

26 %

C'est, parmi les ados français sexuellement actifs, la part de ceux qui n'avaient utilise aucune contraception lors de leur dernier rapport, selon une étude internationale de 2018, contre 16 % en Allemagne, 11 % aux Pays-Bas et 8 % au Danemark.

 

SOURCES: OPINIONWAY - HEALTH BEHAVIOUR IN SCHOOL-AGED CHILDREN

L'éducation sexuelle, c'est une éducation à la vie, au vivre ensemble. C'est aussi apprendre aux enfants quels sont leurs droits

VERONIQUE BARANSKA Sexologue et infirmière formatrice au CHU de Dijon

 

En revanche, comme on part des questions des enfants, certains peuvent raconter qu'ils aiment bien toucher leur zizi/zézette. On va alors les rassurer : c'est un comportement normal mais qui se fait dans les lieux d'intimité."

 

Faut-il avoir peur des dérives ?

Parce qu'ils sont juges contraires aux valeurs familiales et/ou religieuses, certains contenus (contraception, explication de l'homosexualité ... ) rencontrent l'opposition de parents.

Opposition parfois exacerbée par des rumeurs telles que celle, récente, d'un soi-disant apprentissage de la masturbation a la maternelle.

Les standards européens pour l'éducation sexuelle publies en 2010 par l'OMS évoquent bien la "masturbation enfantine précoce", "mais on n'apprend évidemment pas aux enfants a se masturber, rassure Sonia Lebreuilly.

 

L'empathie peut-elle vraiment s'apprendre à l'école ?

Lise GOUGIS - Science & Vie 1275 - décembre 2023

L'empathie peut-elle vraiment s'apprendre à l'école ?

Pour lutter contre le harcèlement, le gouvernement souhaite développer l'empathie chez les élèves à travers des cours. Il s'inspire pour cela de programmes déjà éprouvés à l'étranger. Sauf que de simples cours pourraient ne pas suffire, le rapport à l'autre étant aussi déterminé par le système éducatif dans son ensemble.

PAR LISE GOUGIS

 

Les enfants étant scolarisés de plus en plus tôt, la sensibilisation aux émotions doit se faire a l'école - OMAR ZANNA Sociologue à l'université du Mans

 

La mesure a fait lever quelques sourcils : en septembre dernier, le gouvernement a annonce l'arrivée de cours d'empathie au programme scolaire, en maternelle et primaire, dès la rentrée 2024. L'objectif ? Sensibiliser et lutter contre le harcèlement scolaire, un fléau qui a encore provoqué le suicide d'un lycéen dans les Yvelines début septembre. Ce drame rappelle l'effarante et difficile réalité qui pèse sur notre système éducatif : le harcèlement toucherait entre 800 000 et 1 million d'enfants chaque année, soit prés de 10 % des élèves, selon un rapport du Senat publié en 2021. Alors pour le combattre, le gouvernement veut plus d'empathie à l'école. "L'empathie, c'est à la fois la capacité de reconnaître les émotions des autres - ce que l'on appelle l'empathie cognitive - et celle de ressentir ce que l'autre ressent et y apporter une réponse adaptée - que l'on nomme l'empathie émotionnelle", explique Thomas Bourgeron, qui dirige l'unité Génétique humaine et fonctions cognitives à l'Institut Pasteur.

 

RIEN DE FIGÉ

 Mais l'empathie peut-elle véritablement s'apprendre ? Sans conteste, il y a une part de génétique dans cette faculté, qui semble innée au sein de l'espèce humaine. En analysant le génome de 46 000 personnes ayant passe un test d'empathie, une équipe internationale de chercheurs, dont Thomas Bourgeron, a constaté qu'environ un dixième des variations du niveau d'empathie entre les individus s'expliquait par les gènes. "Cela signifie qu'il peut être plus complique pour certains de reconnaître les émotions des autres et leur manifester de l'empathie, explique Thomas Bourgeron. Mais attention, ce n'est pas parce que c'est en partie génétique qu'on ne peut rien y faire : ce n'est pas fige " Et ce n'est pas rien de le dire. Avoir seulement conscience que notre empathie n'est pas figée suffirait à influencer nos comportements : "Des travaux américains suggèrent que, parmi des individus ayant un faible niveau d'empathie, ceux qui considèrent que cette faculté est malléable ont plus de chances de déjouer leurs comportements agressifs futurs que ceux qui pensent que c'est une compétence fixe", pointe Violaine Kubiszewski, maître de conférences en psychologie à l'université de Franche-Comté. Surtout, avoir une prédisposition génétique à l'empathie n'offre pas la garantie de devenir une personne empathique. "Si la disposition n'est pas entraînée, elle peut s'étioler", affirme Omar Zanna, sociologue à l'université du Mans.

 

SENSIBILISATION

 Plus que la génétique, l'empathie est largement influencée par des facteurs environnementaux, en particulier la famille. Une étude publiée en octobre par des chercheurs de l'université de Cambridge, au Royaume-Uni, a montre que les enfants qui étaient proches de leurs parents à l'âge de 3 ans manifestaient plus d'empathie, de gentillesse et de générosité à l'adolescence.

Le type d'activités pratiquées a aussi son importance. " En racontant des histoires à nos enfants, nous leur permettons de se projeter dans la peau des personnages, si bien qu'ils apprennent progressivement a comprendre l'autre, pointe Omar Zanna. Cela dépend donc aussi du milieu social - tout le monde n'a pas le temps de lire des histoires à ses enfants ni les moyens de les emmener au cinéma ou au théâtre."D'ou le rôle majeur du système éducatif : "Comme les enfants sont scolarisés de plus en plus tôt, ce temps de sensibilisation aux émotions qui se faisait surtout à la maison devrait pouvoir maintenant être réalisé à l'école", poursuit le spécialiste.

 

PAR LE CORPS

C'est donc certain : l'empathie peut s'apprendre, a fortiori à l'école. Mais comment l'enseigner ? "Il ne s'agit pas de donner un cours d'empathie comme on donne un cours de maths, décrit Omar Zanna. L'empathie se développe par le corps, dans le cadre d'interactions." Dans cette optique, le sociologue a imaginé le jeu des mousquetaires, utilisé en prison avec des mineurs délinquants avant d'être décliné dans des écoles de la Sarthe.

Le principe ? Les élèves sont répartis en équipes de quatre joueurs. Trois d'entre eux prennent une position physique difficile à tenir, souvent en équilibre. Le quatrième doit réussir à repérer celui sur le point de flancher et le remplacer, au risque de faire perdre son équipe. En plus de ce jeu, une multitude d'autres approches ont été expérimentées a l'étranger, notamment dans les pays scandinaves. Ainsi, la France entend s'inspirer du programme danois "Fri for Mobberi" ("Libéré du harcèlement" en français), lancé en 2005 et adopté par environ la moitié des crèches et des écoles pour les enfants de 0 à 9 ans.

 

MÉTHODES PROBANTES

Cette méthode consiste à développer l'empathie chez les petits via des activités pratiques, comme commenter des images montrant des situations de harcèlement. Selon la Ligue de l'enseignement qui gère le programme en France, "au Danemark, 70 % des professionnels trouvent que les enfants sont plus bienveillants les uns envers les autres âpres avoir commence a travailler avec le programme". Et d'âpres une étude sur l'impact du programme en 2017, les enfants qui le suivent seraient plus aptes a gérer les conflits par eux-mêmes et feraient plus preuve d'empathie envers les autres. Au Canada, le gramme l'empathie", mis en place en 1996 dans les écoles défavorisées de Toronto, consiste à faire venir une mère et son bébé dans les classes de primaire. "Au fil des rencontres, les élèves sont sensibilises au développement du nourrisson et a son état profondément interdépendant. Ils apprennent a prendre soin d'un être vulnérable, à déchiffrer ses besoins, ses émotions", détaille Charles-Antoine Barbeau-Meunier, sociologue a l'universite canadienne de Sherbrooke.

 

"Les études menées sur ce programme ont montré qu'il favorise bien le développement de l'empathie en classe, poursuit le sociologue. Il est associe à un déclin de la violence et du harcèlement, à une diminution du décrochage scolaire, et à une augmentation du sentiment d'appartenance et de la solidarité, se traduisant notamment par une hausse des comportements présociaux ." Alors, améliorer l'empathie des élèves serait la panacée pour lutter harcèlement scolaire ? Eh bien oui, il semblerait ! "Des données empiriques suggèrent des liens entre la propension des témoins à défendre leurs camarades harcelés et leur niveau d'empathie, souligne Violaine Kubiszewski. De même, la propension à s'en prendre à des camarades est souvent associée à des niveaux d'empathie moins élevés. " Pour autant, ne mettre l'accent que sur cette faculté serait insuffisant, précise la chercheuse. "L'empathie est une compétence socio-émotionnelle parmi d'autres - comme la maîtrise de soi, qu'il serait tout aussi intéressant de développer à l'école. " De plus, des travaux menés ces dernières années indiquent que, chez un même individu, l'expression de l'empathie varie selon le contexte dans lequel il se trouve. "Si une personne qui a un bon niveau d'empathie se retrouve dans un environnement ou tout transpire la bienveillance et l'acceptation de l'autre, il y a de grandes chances que cela se traduise dans ses comportements. À l'inverse, si elle est placée dans un contexte de compétition et de rejet fréquent de l'autre, il est moins probable que son empathie s'exprime - les comportements étant également modèles par les normes sociales", illustre la chercheuse.

 

SYSTÈME GLOBAL

 Pour Omar Zanna, c'est précisément ce qui fait la différence entre les systèmes éducatifs français et danois. "Au Danemark, l'école est basée sur la coopération entre les élèves, et ces derniers n'ont pas de notes avant leurs 14-16 ans. Tandis qu'en France, les notes sont présentes très tôt et les élèves sont souvent inscrits dans des logiques de compétition." Le classement PISA 2018 met le doigt sur cette différence éducative : dans l'Hexagone, seuls 45 % des élèves ont déclare coopérer entre eux dans leur établissement, contre 81% des petits Danois. "C'est une part importante de l'éducation au Danemark, au même titre qu'apprendre à lire ou compter. Ainsi, une heure par semaine, les élèves peuvent exposer les problèmes de toutes sortes qu'ils rencontrent, et toute la classe essaye d'y trouver une solution", illustre Jessica Alexander, spécialiste de l'éducation danoise. "Je suis convaincue que c'est l'une des raisons pour lesquelles le pays a l'un des plus hauts niveaux d'empathie au monde, mais aussi l'un des plus faibles taux de harcèlement scolaire."

La méthode "Fri for Mobberi" est actuellement expérimentée à petite échelle dans des écoles maternelles d'Île-de- France. Une étude d'impact devrait être publiée d'ici a la fin 2024. Les attentes sont maigres, mais ne jugeons pas trop vite ... Ayons un peu d'empathie. 12 mois C'est l'âge a partir duquel un bébé développe de l'empathie. C'est-a-dire quand il commence a apprendre a reconnaître les émotions sur le visage des autres. Cette faculté se construira ensuite jusqu'a ses 7 ans. 40 % C'est la baisse du niveau d'empathie des étudiants américains entre la génération des années 1970 et celle des années 2000, selon des travaux de l'université du Michigan en 2010. D'autres études montrent que l'empathie tend à baisser avec l'âge. 22e C'est, sur 63 pays, le rang de la France dans le classement du niveau d'empathie établi en 2016 par des chercheurs américains. La 1re place revient a l'Equateur, tandis que la Lituanie fait figure de lanterne rouge.

 

3 façons d'apprendre l'empathie

 

Repérer un camarade en position difficile

Dans le jeu des mousquetaires, déjà expérimenté dans les écoles primaires de la Sarthe, les élèves forment des équipes de 4, et 3 d'entre eux prennent des positions difficiles a tenir, comme la chaise ou la planche. Le 4e a pour mission de repérer celui qui se trouve en passe de lâcher et de le remplacer, toute chute étant synonyme de défaite de l'équipe.

 

Reconnaître les situations de harcèlement

La méthode danoise "Fri for Mobberi", repose sur des discussions pédagogiques avec les élèves et des activités pratiques, telles que commenter des images montrant des situations de harcèlement. Un ours en peluche, qui sert aux petits de mascotte, est aussi mis a leur disposition quand ils ont besoin de se confier ou de réconforter un camarade.

 

Déchiffrer les émotions d'un nourrisson

La méthode "Racines de l'empathie", mise en place en 1996 dans les écoles d'un quartier défavorisé de Toronto, au Canada, consiste a faire venir une mère et son nourrisson dans des classes de primaire. Au cours des 9 rencontres qui s'échelonnent sur l'année scolaire, les élèves apprennent a prendre soin d'un être vulnérable et a déchiffrer ses émotions.

 

A QUOI TIENT VOTRE PERSONNALITE ?

Lise GOUGIS - Science & Vie 1271 - aout 2023

EDUCATION POSITIVE

Lise GOUGIS - Science & Vie 1272 - septembre 2023

THEORIE DE L'INCONSCIENT

C'EST LUI QUI EST AU COMMANDE !

Anne DEBROISE - Science & Vie 1265 - février 2023

DANS LA TÊTE DES GENIES

Lise GOUGIS - Science & Vie 1258 - juillet 2022

 

 

 

La demande de nature s'intensifie en milieu urbain

Yves SCIAMA - Science & Vie 1257 - juin 2022

LA SCIENCE DE LA FORET EST EN REVOLUTION

Yves SCIAMA - Science & Vie 1255 - mars 2022

Ecologue forestière Suzanne SIMARD

A QUOI RESSEMBLERA VOTRE VOITURE DANS 10 ANS

Etienne THIERRY-AYME - Science & Vie 1245 - juin 2021

Voiture intelligente

Freinage automatique d'urgence, régulateur de vitesse, régulation adaptative

Extraits

 Spécial auto

Pierre-Yves BOCQUET - - Science & Vie - Hors Série - Octobre 2018

OSER LA RUPTURE

Pierre-Yves BOCQUET

Relever deux défis majeurs.

La voiture électrique pour la pollution chronique.

La voiture autonome pour la sécurité.

Sans oublier le rapport charnel et émotionnel qui nous lie à la voiture.

Tout l'écosystème automobile, de la production à l'utilisation qui est en mutation.

Bienvenue dans la nouvelle ère automobile !

Voitures électriques et autonomes

Vers un grand big bang historique

Ce n'est pas seulement une nouvelle offre : c'est une rupture historique avec le moteur thermique et l'art de conduire. Toute l'industrie va devoir se réinventer.

VOITURE PROPRE

Voiture électrique

Hugo Leroux

La grande illusion (batterie polluante VS une grande autonomie)

OBJECTIF ZERO MORT ?

Muriel Valin

Notre cerveau : premier frein à la Sécurité Routière

Plus un conducteur se sent protégé, plus il prend des risques.

Tel est le paradoxe mis en lumière par les travaux en psychologie. Et qui explique que la mortalité routière ne baisse plus, malgré les mesures prises.

Ce qui est à la mode c'est de vouloir rendre l'humain parfait. Mais c'est voué à l'échec (Marc Camiolo - Sociologue du risque - Lab Lorrain)

La belle leçon suédoise : prise de conscience des usagers.

Faire varier les limites en fonction des tronçons, des saisons et de la météo afin de réaliser du sur-mesure...

La commission européenne a proposé, en plus de cibler et de réaménager les routes dangereuses, d'équiper les nouveaux modèles de voitures de dix-neuf dispositifs de sécurité, notamment le freinage d'urgence automatisé et l'aide au maintien de la trajectoire.

Voiture autonome

Pierre-Yves Bocquet

Quand l'informatique écrit l'histoire de l'automobile.

Comme si la voiture autonome, à vouloir se passer de l'homme, oubliait ce dernier dans son équation.

PILOTAGE AUTOMATIQUE

Les accidents sèment le doute

Etienne Thierry-Aymé

Importance de confronter son modèle au réel.

S'assurer que les données recueillies soient justes.

Je préfère un système qui me dise "je ne sais pas où je suis" à un autre qui "pense" être au bon endroit au bon moment. (Philippe Xu).

Un permis pour l'I.A. ?

Pauline Martin

Prendre les bonnes décisions au bon moment, tel est le pari technologique de la voiture sans pilote. Mais peut-on apprendre l'aléa à une machine ?

L'I.A. mise sur les réseaux de neurones et le "deep learning". Objectif : passer le pemis.

Pour gérer les cas complexes, l'algorithme fait appel à la "logique floue".

Congestion urbaine

Brice Perrin

Vers la fin du tout-voiture.

Autrefois symbole de liberté et de mobilité, l'automobile est de plus en plus décrié en milieu urbain.

La fin d'un règne sans partage : un rééquilibrage de l'espace public et le développement d'alternatives semblent inexorables.

A Paris, la vitesse moyenne effective culmine à... 15 km/h

Pollution, congestion, occupation de l'espace, perte de temps... C'est un fait, l'automobile cumule désormais les handicaps.

 

Le vélo, prochaine panacée ?

Une piste cyclable coûte 200 fois moins qu'une autoroute, 50 fois moins qu'un métro et 25 fois moins qu'un tramway.

Dans la même logique : véhicule électrique portable.

L'infrastructure doit s'adapter pour offrir une place à chaque usager.

(Par exemple : en Chine, des montagnes de vélo en libre service).

Réinventer la route

Alexandra Pihen

Exit le bitume : pour se mettre au diapason des voitures électriques et autonomes, les routes s'annoncent plus vertes et connectées.

Dans S&V 02578 page 50 :

véhicules hybrides : comportement des conducteurs : étude hollandais TNO : 30% du temps normalement attendu seulement car les utilisateurs oublient de recharger les batteries.

 

POURQUOI LA NATURE NOUS FAIT DU BIEN

Alexandra PIHEN - Science & Vie 1241 - Février 2021

UN BESOIN DE NATURE QUI S'EXPRIME

37 %

C'est le pourcentage de Français qui profitent de la nature tous les jours (ministère de I‘écologie) 39 % d entre eux s'immergent dans la verdure une fois par semaine. 16 % au moins une fois par mois. 9% ne s'y rendent presque jamais.

120

C'est le temps cumulé, en minutes, qu'il faudrait passer au minimum chaque semaine dans la nature (même dans les parcs urbains) pour profiter de ses effets positifs sur la santé mentale et physique. selon une étude de l'université d'Exeter.

69 %

C'est la proportion des Français de plus de 18 ans qui se sont déclarés en manque d'espaces verts pendant le premier confinement (sondage YouGov juin 2020). 78 % des Français estiment comme prioritaire le développement des espaces verts urbains.

1 sur 10

 C'est la proportion des ménages français qui se sont vus privés de l'accès aux espaces verts durant le confinement avec la règle imposée de 1 km autour du domicile.

3 ORIGINES ENVISAGÉES SUR NOTRE LIEN À LA NATURE

1. Est-ce une capacité innée ?

L'analyse de 31534 photos issues de médias sociaux dans185 pays semble appuyer cette hypothèse elle montre notre préférence spontanée pour des paysages naturels.

2. Est-ce socialement inculqué ?

Contrairement aux adultes, les enfants de 4 à11 ans préfèrent les paysages urbains. Puis leurs goûts rejoignent ceux de leurs parents. L'apprentissage serait la clé d'une préférence pour la nature.

3. Est-ce lié à nos limites attentionnelles ?

L'imagerie cérébrale démontre que la simple vue de paysages urbains augmente l'activité des zones de la vision et de l'attention, au contraire des scènes naturelles.

FAUT-IL FAIRE CLASSE DANS LA NATURE?

Après le premier confinement, la question a été soulevée pour la rentrée scolaire 2020.

Les pays scandinaves pratiquent déjà l'apprentissage au cœur de la nature, souvent en forêt.

Plus de 14 % des maternelles danoises enseignent hors les murs de la classe, à raison d'une à deux journées hebdomadaires. Il faut dire que des recherches de longue date démontrent les bénéfices physiques, émotionnels et cognitifs de ce type d'apprentissage.

En 2019, une étude danoise auprès d'élèves de 9 à13 ans dans16 écoles ajoute qu'une plongée dans la nature, à raison de 2 à 7 heures consécutives par semaine, améliore les comportements prosociaux et diminue l'hyperactivité et l'inattention, même de retour en classe.

Voiture autonome

Vincent NOUYRIGAT - Science & Vie 1241 - 02-2021

5G

Hugo LEROUX - SCIENCE & VIE 1240 - 12-2020

30 km/h

Lise GOUGIS - SCIENCE & VIE 1236 - Aout 2020

I.A. LES 10 ANS QUI ONT TOUT CHANGE

Pierre-Yves BOCQUET - SCIENCE & VIE HS

Sécurité routière & I.A.

Pierre-Yves BOCQUET - HORS SERIE - mars 2020

Elle optimise vos trajets

Tout le monde connait les applis qui permettent de calculer des itinéraires – Waze, Google Maps, Viamichelin ou Mappy. Derrière leur apparente simplicité, ces services sont basés sur des algorithmes d’IA très performants, capables de trouver leur chemin parmi le grand nombre de trajets possibles d’un point A à un point B, en tenant compte du trafic…

Elle prend le volant à votre place

Avec les voitures autonomes, les constructeurs ambitionnent de réduire drastiquement le nombre de morts sur les routes. Remplacer le conducteur par un algorithme, renseigné sur la circulation par une armada de radars et de caméras, permettrait en effet de supprimer tous les aléas liés aux faiblesses de l’être humain. A condition toutefois que les algorithmes parviennent de leur côté à corriger les imperfections que leur nature informatique leur confère, liées à l’imprévisibilité et à l’opacité des réseaux de neurones qui les font fonctionner.

Elle prédit les accidents de la route

En agrégeant les données du trafic, la cartographie routière, l’état de l’infrastructure, la météo, l’heure, les évènements exceptionnels (travaux, match de foot, manifestation…) l’IA est capable de prévoir le risque d’accident à chaque instant. Et donc d’identifier en temps réel les portions routières les plus à risque. Ce qui permet ensuite de développer des politiques de prévention adaptée. Ce type de solution pourrait être utilisée dans les voitures autonomes, mais aussi pour informer les conducteurs.

 

Ecole et Intelligence Artificielle

Pierre-Yves BOCQUET - HORS SERIE - mars 2020

Elle fait du sur-mesure en classe.

Dans un contexte de manque de moyens chronique, qui induit des programmes identiques pour tous, "l'IA permettrait d'envisager un enseignement plus personnalisé, avec un algorithme qui traque les résultats de chaque élève, exercice par exercice, pour mieux comprendre les concepts sur lesquels il bloque, et pouvoir ainsi conseiller l'enseignant sur les points précis à renforcer avec chacun", détaille Yoshua Bengio, de l'institut Québécois d'intelligence artificielle.

Et si la terre était vivante...

Yves SCAMIA - SCIENCE & VIE 1230 - 03-2020

Peur des Maths ?

Hugo LEROUX - SCIENCE & VIE 1230 - mars 2020

Sédentarité des adolescents

Coline BUANIC - SCIENCE & VIE 1230 - mars 2020

Télévision, réseaux sociaux

Keyra BETTAYEB - SCIENCE & VIE 1230 - mars 2020

Vélos partagés : l'inévitable tragédie des biens communs ?

Emmanuel MONNIER - SCIENCE & VIE - 09 2019

Garés avec la selle ou les freins cassés, abandonnés la roue voilée... les Vélib' et autres véhicules partagés sont vandalisés ä un point tel que leur gestion en est plombée. Un signal peu encourageant pour la "société du partage"... Quels sont les ressorts de ces comportements, et pourquoi certains systèmes, eux, fonctionnent?

Les vélos partagés ont tout d'une bonne idée pour désengorger et dépolluer les villes. Las, le vandalisme massif subi par ces deux-roues en libre-service menace de faire dérailler les projets. Et les mêmes incivilités ont été observées en Belgique, Italie, Chine...

 Faut-il s'en étonner ? Après tout, pourquoi prendre soin d'un bien qui ne vous appartient pas, si cet effort ne vous rapporte rien ? Question vitale pour l'avenir de cette "société du partage" dont on prophétise l'avènement.

 

L'écologue Garrett Hardin, de l'université de Californie, prédisait en 1968 la dégradation inévitable de toute ressource partagée en libre accès. Il prit pour cela l'exemple d'un pré que des éleveurs partagent pour faire paitre leurs troupeaux. L'intérêt de chacun est d'y mener un maximum de bêtes. Sauf que chaque bête supplémentaire consomme le pâturage et le dégrade. Résultat? La surpopulation détruit le pré et conduit ä la ruine de tous. Un funeste enchainement que Hardin avait qualifié de "tragédie des communs". Serait-ce le destin des Vélib' et de toute ressource partagée ? Pas si sûr.

 

Elinor Ostrom, Prix Nobel d'économie 2009, a démontré que de nombreux biens (forêts, pêcheries, cultures...) ont au contraire été durablement gérés en commun. A condition que certaines règles aient été édictées, avec des sanctions, même faibles, pour ceux qui ne coopéraient pas. Ostrom observait que, plutôt que chercher à maximiser son profit personnel, chacun faisait le plus souvent passer l'intérêt de la communauté avant le sien.

 

Pourquoi? "L'origine de la coopération" est l'une des grandes questions de la biologie de l'évolution souligne Jean-Baptiste André, qui l'étudie au département d'Études cognitives de l'Ecole normale supérieure. "L'être humain a une capacité à coopérer vraiment spécifique."

 

SOIGNER SA RÉPUTATION

 

Dès 15 mois, les enfants rejettent une répartition inéquitable, même si elle ne les lèse pas. Ce qui semble a priori incompatible avec la logique darwinienne. On comprend que les fourmis se sacrifient pour la fourmilière : comme elles ont les mêmes gènes que la reine, sa survie favorise leurs propres gênes. Ou qu'une lionne s'associe à d'autres pour attraper une proie.

 

Mais en quoi ressentir le besoin de prendre soin de biens partagés favorise-t-il la survie de nos gênes ?

 

Pour Jean-Baptiste André, le mot-clé est la "réputation" : "Ces comportements s'expliquent par un mécanisme dans lequel j'ai un intérêt à coopérer.

 

Parce que cela me donne une bonne réputation, qui va me permettre d'être plus souvent choisi comme partenaire et d'en tirer des bénéfices sociaux." Coopérer serait donc bien, sur le long terme, un comportement gagnant. "Lorsqu'un ami vous demande de l'aider, si vous refusez il va s'en souvenir. Il ya un coût social important.

 

Cet égoïsme ne sera pas mortel en soi. Mais lorsque Homo sapiens vivait en petits groupes, celui qui était rejeté du clan ne survivait pas longtemps. Une pression constante a donc favorisé ceux qui étaient les mieux acceptés par les autres. C'est-à-dire ceux qui coopéraient et avaient ainsi bonne réputation.

 

Voilà qui éclaire certains succès de l'économie du partage : nous coopérons d'autant plus que cela se sait. "Airbnb, BlablaCar ou eBay ont mis en place des systèmes de réputation qui se révèlent très efficaces. Saccager un appartement est risqué parce que la plate-forme met en ligne tous les commentaires. Dans le cas du Vélib', c'est l'anonymat qui a fait la différence", constate Vincent Malardé, spécialiste de l'économie collaborative ä l'université Rennes 1.

 

QUESTION DE CONFIANCE

 

"Le paramètre-clé, pour ces plates-formes qui mettent en relation des gens qui ne se connaissent pas, c'est de créer de la confiance confirme Thierry Pénard, professeur d'économie ä l'université Rennes 1. Or il n'y a contrat réciproque que si les tricheurs sont démasqués et sanctionnés. "Quand vous partagez un vélo, si vous savez que les autres n'en prennent pas soin, cela augmente la probabilité que vous fassiez de même", explique Stéphane Debove, docteur en psychologie évolutionnaire. D'ailleurs, les enquêtes montrent que la France ou la Chine sont justement des pays où la confiance dans les autres est en moyenne plutôt faible.

 

"Je ne serais pas étonné qu'on trouve une corrélation entre ce niveau de confiance dans les autres et le degré de vandalisme, avance Thierry Pénard. Il suffit qu'une minorité d'utilisateurs ne soient pas coopératifs pour que la confiance se dégrade très vite. "D'où l'importance de la renforcer, en dissuadant d'une part ceux qui ne voudraient pas jouer le jeu, mais aussi en faisant disparaitre toute trace visible de vandalisme.

 

Les biologistes nous préviennent: il n'y a pas de coopération s'il y a impunité. Et il n'y aura pas d'économie du partage réussie sans contrôle social institutionnalisé. Avec tous les risques que cela comporte pour les atteintes à la vie privée.

 

THEORIE DE LA BETISE

Thomas Cavaillé-Fol - SCIENCE & VIE 1223 - 08-2019

THEORIE DE LA BETISE

Notre esprit, loin d'être insondable, fonctionnerait de façon totalement superficielle !

Quid, alors des notions de convictions, de personnalité, d'inconscient ?

Avec la théorie de l'esprit plat de Nick CHATER, tous nos biais cognitifs s'expliquent enfin !

Il se focalise uniquement sur l'attention.

Il ne fait qu'interpréter à la volée.

Il fait illusion grâce à sa vitesse d'exécution.

INTROSPECTION

NOTRE MOI INTERIEUR EST UNE ILLUSION DE L'ESPRIT

Notre cerveau est si rapide à expliquer nos pensées qu'il arrive à nous faire croire qu'elles sont ancrées au fond de nous

 

LA BÊTISE RETROSPECTIVE

En dépit de la masse de souvenirs qui nous appartiennent, nous privilégions les dernières informations disponibles. Il est donc courant de délaisser nos souvenirs lointains pour ne se focaliser que sur l'instant.

LA BÊTISE DE CONFIRMATION

Les informations qui vont dans le sens de l'histoire que l'on se raconte et qui expliquent notre comportement vont apparaître clairement à l'esprit tandis que celles qui entrent en contradiction avec lui seront mises de côté. Et si ces informations atteignent tout de même la conscience, elles seront dédaignées, sous-évaluées.

LA BÊTISE DE COHERENCE

Pour donner une cohérence à notre comportement, nous sommes prêts à l'interpréter massivement, et même à modifier nos croyances, nos souvenirs et à en occulter d'autres. Notre esprit peut faire surgir en un instant n'importe qu'elle justification à nos actions !

LA BÊTISE D'ANCRAGE

La première interprétation ou la première impression s'ancre durablement dans le temps. Difficile de prendre en compte les informations suivantes et de se débarrasser d'un ancrage mental bien établi, même en dépit de la raison.

PERCEPTION

C'EST L'ESPRIT QUI NOUS TROMPE SUR NOS SENS

A trop vouloir nous offrir un monde cohérent, notre esprit nous leurre sur nos capacités de perception... et nous sommes assez bêtes pour le croire

 

LES BÊTISES DE LA PERCEPTION

Cette illusion d'une perception parfaite et d'une imagination aux mille détails génère des comportements stupides.

LA BÊTISE DE SURCONFIANCE

Non seulement nous pensons voir beaucoup plus que ce que nous voyons en réalité... mais nous surestimons en plus nos capacités et nos connaissances ! Plus encore, moins nous possédons de données, plus nous avons tendance à les interpréter, et plus nous croyons avec conviction en notre propre "expertise"...

LA BÊTISE DE SURFOCALISATION

Il est très utile, lorsque nous conduisons par exemple, de ne se focaliser que sur ce qui est important et d'ignorer tout signal sans intérêt.

Revers de cette surfocalisation : c'est elle qui fait que l'on se cogne contre un poteau quand on est fixé sur l'écran de notre portable. Et elle peut même devenir incontrôlable en cas d'addiction.

LA BÊTISE DE SURINTERPRETATION

C'est elle qui est responsable des premières impressions, qui nous font, par exemple, juger d'intelligence d'une personne sur la seule base de son physique... Cette interprétation insatiable est aussi la source du phénomène psychologique qui nous fait voir un visage dans un nuage.

 

Définition de l'intelligence

Définition de l'intelligence par le psychologue Howard Gardner :

Le potentiel de mobiliser des informations dans un contexte culturel pour résoudre des problèmes ou créer des choses et des concepts ayant une valeur dans cette culture.  (SCIENCE & VIE)

 

ON PENSE TOUS QUANTIQUE !

SCIENCE & VIE  - Octobre 2015

Dans l'article il est écrit :

- nos états d'esprit se superposent

- nos jugements interfèrent

- nos pensées peuvent s'intriquer

- nos perceptions oscillent quantiquement

Des expériences sont là pour le montrer.

 

LE BONHEUR

Emmanuel Monnier - SCIENCE & VIE 1181

LE BONHEUR

DANS L'ADN, LES CELLULES, LE CERVEAU...

MAIS OU SE CACHE-T-IL ?

 

A quoi tient le bonheur ? Tout le monde le cherche, mais où se cache-t-il ?

Dans la famille, l'argent, l'amour... comme la plupart d'entre nous nous en semblons convaincus.

Sauf que ces "joies" de l'existence ne durent pas.

Par ailleurs, certains semblent plus facilement heureux que d'autres.

Une certitude, la quête du bonheur est câblée en nous.

Dans notre cerveau, dans nos gênes, dans les rouages de notre corps, dans l'évolution de notre espèce, qui a fait du bonheur une aptitude à part entière.

 

Un bonheur qui se cache... en nous

Tout se passe comme si chacun avait un niveau fixé de bonheur vers lequel il retourne plus ou moins, quoi qu'il fasse (Daniel Nettle - Université Newcastle RU)

Neurobiologistes, généticiens, biologistes : le bonheur se cache au croisement des mécanismes cérébraux du plaisir, du désir et de la représentation du futur.

Le cerveau humain n'est sensible qu'aux comparaisons

 

Où se cache le bonheur ?

Dans l'ADN, des gènes y prédisposent

Une nouvelle génétique du bonheur

 

Rien de définitif pour la vie

L'importance de l'environnement

Faire soi-même son bonheur ?

 

Où se cache le bonheur ?

Dans le cerveau, des circuits spécifiques l'activent

Se réjouir de ce que l'on va vivre

Circuits primitifs du désir

L'action sans le jugement

 

Où se cache le bonheur ?

Dans le corps, des signaux biologiques lui sont dédiés

Une question d'hormones... mais pas seulement

On peut agir sur notre bien-être

 

Le bonheur, un avantage évolutif ?

Les neurobiologistes : motiver la quête de nourriture et, ainsi, assurer la survie de notre espèce.

 

On vision utilitaire du bonheur

Une émotion communicative

Programmé pour être insatisfait

 

Vous avez dit complot ?

Vincent Nouyrigat - SCIENCE & VIE 1187

Vous avez dit complot ?

Nos cerveaux programmés pour y croire

Pourquoi notre cerveau voit des complots partout

Le système fronto-temporal gauche se joue des probabilités

Le cortex temporal médian jongle avec les causalités

Le carrefour temporo-pariétal perçoit des intentions partout

L'amygdale réagit aux situations anxiogènes

Le cortex préfrontal médian se méfie d'autrui

Le cortex préfrontal droit surinterprète chaque détail

Le cortex préfrontal biaise notre opinion

Pour notre cerveau, les moindres détails font sens.

Nous croyons repérer des intentions partout.

Notre esprit doute des coïncidences.

Notre cerveau se méfie à l'excès des inconnus.

Nous associons des grandes causes aux grands chocs.

Les situations anxiogènes modifient nos perceptions.

Notre système cognitif s'enferme dans ses propres croyances.

Comment faire la part des choses ?

Des théories qui ont envahi la culture populaire...

... et sont amplifiées par internet

Chercher à démontrer seulement que ces théories sont fausses ne fonctionne pas.

Il faut être conscient de nos biais cognitifs et des pièges de notre intuition.

Le triple impact du complotisme : sanitaire, social et environnemental.

 

Voiture autonome - L’algorithme de la mort

Anne Debroise - SCIENCE & VIE  1191

Quand l’éthique défie la technique

Que fera la voiture autonome quand elle ara le choix entre percuter un bus scolaire et s’envoyer dans le décor, avec ses passagers ?

La question intéresse depuis quelque temps les psychologues.

Enquête auprès des constructeurs de voitures et de pilotes automatiques.

La question est plus compliquée que ce qu’ils veulent bien reconnaître.

Les véhicules conduisant à notre place sont voués à déferler.

Question : en cas d’accident imminent, comment leurs logiciels réagiront-ils ?

Qui sauveront-ils ?

Qui écraseront-ils de préférence ?

Selon quels algorithmes, écrits en amont ?

Anne Debroise est allée poser la question aux constructeurs. Car leur choix sera aussi moral.

Contexte :

Depuis août 2016, la France autorise sur ses routes le test de prototypes de voitures sans chauffeur – sous supervision humaine permanente. Dans le viseur, des véhicules 100% autonomes, capables de prendre des décisions cruciales en cas de danger.

 

Le dilemme du tramway revisité

Un véritable enjeu commercial

Un défi éthique qui devient technique

Tous les accidents ne seront pas évités

En conclusion

La voie prônée par les constructeurs pour s’affranchir des questions éthiques en faisant la preuve d’une sécurité irréprochable s’avère donc très étroite.

D’autant plus que la transition vers les voitures totalement automatisées ne se fera pas sans heurt.

Les individus, face à une situation critique ne font pas de choix. Tout va si vite que le cerveau humain n’a pas le temps de raisonner : il freine par réflexe.

Ironique renversement des choses : nous demandons aux machines de répondre à des questions que nous ne nous posons pas.

La rapidité de calcul des logiciels de conduite des voitures autonomes ouvre ni plus ni moins un nouveau champ de questionnements éthiques, inexistant jusqu’ici.

Asimov nous avait prévenus : l’avènement des robots est aussi, et peut-être avant tout, un bouleversement d’ordre moral.

 

Le casque obligatoire à vélo : pas une si bonne idée ?

T-L H - SCIENCE & VIE 1196

LE RAPPEL DES FAITS

Depuis le 22 mars, la loi rend le port du casque à vélo obligatoire pour les enfants de moins de 12 ans, conducteurs ou passagers.

La France est le 26° pays à adopter ce type de législation.

 

S'il est déjà recommandé depuis longtemps, le port du casque à vélo est maintenant obligatoire pour les enfants de moins de 12 ans, qu'ils soient conducteurs ou passagers. Sur le site du ministère de l'Intérieur, la mesure est justifiée par la volonté d’encourager l'apprentissage du vélo, excellent pour la santé comme pour la qualité de l'air.

 

Pourtant, la majorité des associations de promotion du cyclisme ont toujours exprimé leur désapprobation face à une telle mesure coercitive, arguant que ce type de décision n'améliore pas la sécurité des usagers à vélo.

 

Mieux PROTÉGER LA TETE

Certains estiment même que le port du casque modifie le comportement des cyclistes : se sentant en sécurité, ils font moins attention et finissent par être impliqués dans plus d'accidents.

 

Que dit la science sur la question?

De nombreuses études se sont intéressées à l’efficacité du casque en tant que protection, et à sa capacité à réduire les blessures à la tête. L'année dernière, dans une méta analyse qui recensait plus de 64000 blessures de cyclistes à travers le monde, le mathématicien Jake Olivier a montré que le port du casque permet de réduire les risques de blessures à la tête de 51 %. Et la réduction est encore plus marquée pour les blessures sévères et fatales (69 % de réduction dans les deux cas).

 

Pas de doute : le casque réduit bel et bien les risques de se blesser.

 

Oui, mais d'autres études montrent, en parallèle, que l’efficacité des lois sur le port du casque est, elle, beaucoup moins probante.

 

UN PROBLÈME DE VISIBILITÉ

Une étude de Kay Teschke datant de 2015 s'est intéressée au cas du Canada, où seules certaines provinces disposent de lois d'obligation. Résultat: il y a autant de blessés à la tête dans les provinces avec et sans législation. Le signe que le casque modifie le comportement des cyclistes? L’étude montre en tout cas que les accidents de la circulation impliquant un vélo diminuent dans les provinces où cette pratique est plus répandue. Un phénomène de “sécurité par le nombre" déjà pointé par plusieurs autres travaux: plus les cyclistes sont visibles, plus on fait attention à eux.

 

L'obligation du port du casque à vélo n'est pas une si mauvaise idée, juge Jake Olivier, mais elle doit s'inscrire dans une stratégie globale de réduction des risques. Seule, elle risque d'être inefficace.

 

Parmi les autres mesures à mettre en place figure notamment le développement d'infrastructures dédiées à la pratique du vélo.

Kay Teschke recommande ainsi des pistes cyclables séparées physiquement du trafic routier. Il est à noter que les deux pays dans lesquels les cyclistes sont les plus nombreux, les Pays-Bas et le Danemark, n'ont pas de loi sur le port du casque.

 

Réseaux sociaux, e-mails

 Kheira Bettayeb - SCIENCE & VIE 1197

Non, internet ne nuit pas au cerveau

Consultation de mails à toute heure, envois de tweets en rafales, messages permanents sur Facebook tout en regardant la télé. En quelques années, la grande majorité d'entre nous s'est vue happée par les immenses possibilités d'ultra-communication et d'ultra information offertes par internet. 74 % de la population française y accède quotidiennement, pour une durée moyenne de 18 heures par semaine.

Evidemment, ce n'est pas la première fois qu'une nouvelle technologie de la communication s’immisce dans notre quotidien.

Mais jamais aucune ne s'est propagée aussi vite en une génération à peine ! et aussi largement.

“L’omniprésence d'internet et des nouveaux médias numériques constitue un changement de société majeur. Cela aura forcément des impacts sur notre cerveau ”, commente Francis Eustache, au laboratoire Inserm Neuropsychologie et neuroanatomie fonctionnelle de la mémoire humaine, à Caen.

Au point “de réorganiser nos encéphales? “Non, il est peu probable que l'usage d'internet modifie le câblage même de notre cerveau et que l'on voie apparaître, par exemple, une nouvelle aire cérébrale dédiée au Net. En effet, les facultés mises à contribution par son usage (vision, lecture...) ne sont pas  nouvelles", précise Jean Philippe Lachaux, spécialiste de l’attention au Centre de recherche en neurosciences de Lyon.

 

LA SCIENCE PREND DU RECUL

“En revanche, cette pratique modifiera forcément le fonctionnement du cerveau, avec par exemple une mobilisation différente des processus neuronaux impliqués dans la mémoire ou la concentration ”, prévient le chercheur. Mais les possibles effets de notre vie hyper connectée seront-ils forcément négatifs pour nos facultés cognitives ? Dès l'émergence du Web dans notre vie, plusieurs chercheurs l'ont pointé du doigt et des études ont montré que ce nouvel outil pourrait affaiblir notre mémoire, diminuer notre attention, réduire nos performances intellectuelles, ou encore favoriser des troubles du comportement comme la dépression, le narcissisme ou l’insociabilité.

Oui, mais voilà, plus le temps passe et plus la science prend du recul.

 

Désormais, plusieurs chercheurs déplorent le caractère exagéré de ces inquiétudes, compte tenu des données scientifiques existantes", souligne le neurobiologiste Kep Kee Loh (Institut cellules souches et cerveau, Inserm, Lyon), auteur d'un article publié fin 2016, intitulé “Comment l'internet a t’il transformé la cognition humaine ?”. Après enquête, il s'avère même que, par certains aspects, internet pourrait se révéler très bénéfique pour notre cerveau.

Prenons le cas de la mémoire. Le web ne l'affaiblit pas toujours. Pourtant, l'une des craintes les plus fortes vis à vis d'internet et des réseaux sociaux est qu'à force de compter sur eux pour trouver une information au lieu de faire l’effort de la mémoriser, nous finirions par apprendre et surtout par retenir moins d’informations. C’est ce que la psychologue américaine Betsy Sparrow a appelé "l'effet Google".

Or, surfer sur le Net pourrait en réalité augmenter les performances de l'une des composantes de notre mémoire: la mémoire de travail visuelle. C'est elle qui permet de stocker et de manipuler des images perçues à court terme, Cela aurait pour résultat de nous permettre de suivre plus d'objets en même temps sur un écran (30 % en plus, selon certaines études). En effet, plusieurs travaux sur des joueurs de jeux vidéo suggèrent qu'être exposé à des activités multitâches ce qui est le cas quand on surfe sur interne test associé à une meilleure mémoire visuelle.

 

UN BON “EFFET GOOGLE

Pour Patrick Lemaire, docteur en psychologie à l'université d'Aix Marseille, comme pour un nombre croissant de chercheurs, “l'effet Google” doit être relativisé : “Il se peut effectivement qu'on intègre moins d'informations de façon intentionnelle. Mais on n'a pas attendu l’arrivée du web pour ne plus apprendre par cœur la liste des départements français! De plus, mémoriser moins d’informations de façon volons taire ne va pas faire disparaît recette faculté. Enfin et surtout, on continue à stocker des informations de façon non intentionnelle. Or, au moins 80 % de ce qui estrans notre mémoire à long terme - prénoms, dates anniversaires, etc.- A été stocké via ces apprentissages non intentionnels.

”Pour notre cerveau, il existe aussi un effet collatéral bénéfique à ces économies sur la mémorisation. “S’appuyer sur la technologie en tant que source de mémoire externe permet dé libérer des ressources cognitives supplémentaires pour d'autres opérations prioritaires, comme la réflexion ou la prise de décision ”, explique Kemp Klee Loh.

De quoi renforcer toutes nos capacités cognitives? L’hypothèse est confortée par des observations réalisées dans le cas du vieillissement cognitif. “Nous savons que celui-ci peut-être contré par des activités cognitives de haut niveau, comme le raisonnement ou la communication, ou l'exposition à des contenus culturels diversifiés et nombreux, explique Patrick Lemaire, Or, toutes ces situations sont potentiellement favorisées par internet et les réseaux sociaux. ”

Une étude américaine parue en 2009 suggère ainsi que la recherche d'informations sur internet pourrait réduire le vieillissement cognitif chez les seniors. L'équipe du psychiatre Gary Small (université de Californie) a observé, grâce à la technique d'IRMf, le cerveau de 24 adultes âgés de 55 à 78 ans utilisant (fréquemment ou non) internet. Résultat: “Lors de tests de recherches sur internet, les personnes in expérimentées présentaient une activation cérébrale similaire à celle se produisant lors de la lecture sur papier. En revanche, le groupe habitué au Net a montré, lui, une augmentation significative d'activité dans des régions supplémentaires contrôlant la prise de décision, le raisonnement complexe et la vision: cortex frontal, région temporelle antérieure, hippocampe...”, précise GarySmall. D'où l'idée que le Net pourrait aider à améliorer les fonctions de raisonnement et de prise de décision chez les seniors.

 

Les réseaux sociaux constitueraient aussi une aide pour les plus jeunes.

Des travaux menés sur 100 étudiants et publiés en 2014 par le psychologue toulousain Jean François Bonnefon et ses collègues suggèrent qu'à court terme, les réseaux sociaux ont un effet positif pour la prise de décision.

Dans une expérience en cinq étapes, les volontaires, mis en réseau, ont pu trouver la bonne solution à un problème mathématique; surtout, le réseau a permis la propagation de ce résultat exact parmi les utilisateurs...

 Ces contagions de résultats sont intéressantes pour la prise de décision, “à condition d'apprendre par la suite comment arriver par soi même à Ia bonne réponse, pour ne pas être dépendant des réseaux sociaux ”, précise ce pendant Jean François Bonnefon.

 

“SWITCH” ATTENTIONNEL

Enfin, l'une des idées le plus largement répandues à propos de notre hyper connexion, c'est qu'elle éroderait nos capacités à focaliser notre attention. “L'attention est un processus biologique qui a évidemment ses limites", insiste le neuroscientifique Jean Philippe Lachaux. Oui, mais "certaines de ces limites peuvent être partiellement dépassées, et nos capacités attentionnelles augmentées via des apprentissages ”, rétorque Patrick Lemaire. C'est le cas, par exemple, lorsque nous apprenons à conduire: au début, nous devons faire attention à chaque fois que nous passons une vitesse; puis, peu à peu, les gestes s'automatisent et nous les effectuons sans réfléchir. Dans le cas d'internet, “à force d'effectuer certaines tâches en ligne, il est possible que nous parvenions également à les automatiser; ce qui nous permettrait d'avoir plus d'attention pour d'autres activités et d'en réaliser plusieurs en parallèle, comme discuter avec une personne en face de soi tout en répondant de temps à temps à des messages instantanés ”, poursuit le chercheur marseillais.

Internet pourrait également améliorer la flexibilité attentionnelle, un mécanisme de l'attention qui permet de passer d'une activité à une autre en restant concentré. En effet, “il est très probable qu'à force de 'switcher' fréquemment lors de la navigation sur internet ou sur les réseaux, nous augmentions encore une fois, dans une certaine mesure I’efficacité des mécanismes de 'switching' attentionnel ”.

En fait, “seul un mauvais usage d'internet et des réseaux sociaux, notamment leur utilisation à forte dose, pourrait poser problème, recadre Patrick Lemaire. Il faut arrêter de se faire peur avec internet, notre cerveau a finalement beaucoup de choses à en attendre ”.

 

Des réseaux qui rendent plus sociable ? Facebook et les autres réseaux sociaux limitent-ils les contacts “réels”? Une enquête réalisée par Olivier Martin et Eric Dagiral à l’université Paris Descartes indique tout le contraire, du moins chez les jeunes encore étudiants. lls ont analysé l’usage de Facebook de 1 102 étudiants de 18 à 25 ans. ll en ressort que ce réseau social favorise et enrichit en fait leur sociabilité !

Les discussions y sont souvent le prolongement d'échanges entamés dans la “vraie” vie. “Plus de 9 jeunes sur 10 utilisent Facebook pour organiser leurs activités ou discuter avec des proches vus dans la journée”, précisent les sociologues.

 

Les neurosciences ne remplacent pas la pédagogie

H.P. - Juillet 2018

Aménagements des rythmes scolaires

 Kheira Bettayeb - SCIENCE & VIE 1198

Les 4 avis scientifiques que personne ne suit

 

Parmi ses premières mesures, le président Emmanuel Macron a annoncé vouloir permettre aux communes qui le souhaitent de revenir sur la réforme des rythmes scolaires de 2013.

Si cette perspective a ravi plus d'un élu, d’autres ont vu d'un mauvais œil ce “retour en arrière", jugé dommageable pour les enfants. Car tous les spécialistes ne cessent de le répéter: l’organisation du temps scolaire répond toujours plus aux exigences socio économiques et politiques qu'aux rythmes biologiques  de l'enfant (c’est à dire aux fluctuations, imposées par l'horloge biologique, de son degré d'éveil, de son attention, de ses capacités cognitives ou de sa mémorisation).

La réforme Peillon a tout de même eu le mérite de tenter pour la première fois !de faire en sorte que les horaires de l’école tiennent compte de ces rythmes biologiques.Mais elle a laissé de côté certains points qu'il était pourtant crucial de revoir...

Quels changements faudrait-il opérer dans les aménagements des temps scolaires qu'ils soient plus adaptés aux besoins des enfants? Pour y voir plus clair, nous avons analysé différentes études sur les rythmes biologiques des enfants, et demandé l'avis de plusieurs spécialistes des rythmes biologiques et psychologiques.

Une enquête sensible, car les rythmes scolaires intéressent différents lobbies, et les avis des scientifiques divergent sur certaines questions. Cependant, un consensus se dégage sur quelques points importants.

Voici quatre recommandations à adopter. si l’on veut enfin tenir compte de l'intérêt des enfants.

 

1 - SCOLARISER LE SAMEDI MATIN PLUTOT QUE LE MERCREDI

Tous les scientifiques s'accordent sur le fait que la semaine de 4.jours et demi est une meilleure option que celle de 4 jours à laquelle pourraient revenir un certain nombre de communes en septembre 2018. Car elle permet une meilleure répartition des vingt-quatre heures scolaires obligatoires par semaine, et allège ainsi chaque journée.

Lors de la réforme de 2013, plus de 98% des communes ont opté pour le mercredi matin, plus adapté à la société actuelle, habituée au samedi matin vaqué. Certains experts (comme le psychophysiologiste Hubert Montagner) estiment que cette option est la meilleure. Notamment parce qu'’elle éviterait, selon eux, “une rupture du rythme de vie des enfants ”, et assurerait ainsi une continuité dans la semaine, “source de stabilité ”. Or, pour de nombreux scientifiques, l’explication ne tient pas: “Si l'on suit cette logique, il faudrait aussi scolariser le samedi et le dimanche matin ”, raille la chronobiologiste et psychologue Claire Leconte (université Lille 3). De fait, deux rapports scientifiques antérieurs à la réforme de 2013, l'un de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), l'autre de l'Académie de médecine, privilégiaient clairement le samedi matin. Une option encore défendue par beaucoup d'experts. Et pour cause : plusieurs travaux ont montré que le samedi matin libre favorise  l'endormissement tardif de l’enfant deux soirs de suite [vendredi et samedi), ce qui retarde d'autant son horloge biologique et le désynchronise le lundi et le mardi matin... A noter: une étude publiée en février, réalisée sur 177 élèves de 14 ans, a montré pour la première fois que plus les couchers le week-end sont tardifs, plus le volume de matière grise cérébrale des adolescents diminue (ainsi que leurs performances scolaires). Pour en revenir au mercredi matin, une étude menée à Arras, rendue publique en juin 2016, indique que 82 % des enseignants, 46 % des animateurs et 64 % des parents estiment que les derniers aménagements fatiguent les enfants; De son côté, le rapport de l'Inserm déjà cité indique que laisser le mercredi libre jusqu'à la fin du primaire “permet un lever spontané supplémentaire qui apparait favorable à l'équilibre de l’enfant”. Pour Claire Leconte, il ne fait aucun doute que “le mercredi matin scolarisé est un choix par défaut, et non dans l'intérêt de l'enfant”.

 

2 - RETARDER L'HEURE D'ENTREE A L'ECOLE LE MATIN 

La réforme de 2013 n'a rien changé sur ce point. Or, une étude canadienne publiée en 2016 a montré que 36% des 10-18 ans qui commencent les cours à 8 h ne dorment pas assez, et 65 % se sentent fatigués. Concernant spécifiquement la France, des enquêtes ont révélé que près de 30 % des 15-19 ans sont en dette de sommeil. “A la puberté, l’horloge biologique des adolescents subit naturellement un décalage horaire de deux à trois heures. Il devient alors très difficile pour eux de s'endormir avant  23h, et de se lever avant 8h, explique l’épidémiologiste Geneviève Gariépy, co-auteur de ces travaux. Commencer les cours vers 9h 30 ou 10h serait plus compatible avec leur horloge biologique". Une autre étude parue en février 2017, menée sur 30 000 lycéens américains, a mis en évidence, elle, que retarder d'une heure l'entrée en cours des adolescents améliore leur taux de présence à l'école et leurs chances de réussite aux examens. Ainsi, deux ans après  un démarrage différé des cours à 8h ou 9h, au lieu de respectivement 7h ou 8h, le taux moyen d'obtention du diplôme a grimpé en moyenne de 79 % à 88 %. Quant au taux de présence, il est passé de 90% à 94 % en moyenne, voire de 68 % à 99 % dans certains établissements !

Dès 2001, un rapport de l'Inserm recommandait de retarder l'heure d'entrée en cours des adolescents... Pour les plus jeunes, il précise: “Chez les 6-7 ans, 46 % des 'gros dormeurs nocturnes' (1 1 h 17à 12h43 de sommeil et 20 % des 'petits dormeurs' ont un réveil provoqué en période scolaire". Cela dit, il n'existe pas de consensus concernant l’idée de commencer l'école plus tard aussi en maternelle et en primaire.

“Contrairement aux adolescents, les jeunes enfants sont plutôt du matin et se lèvent naturellement tôt. Chez eux, le problème vient surtout de couchers trop tardifs ”, tempère Claire Leconte.

 

3 - ALLEGER LA JOURNEE SCOLAIRE

En ajoutant une demi-journée d'école, la réforme de 2013 visait justement à alléger la journée scolaire (5h40 par jour au plus, contre 6 h auparavant). Mais lorsqu'on ajoute à ce temps scolaire les heures d'activités périscolaires et de garderie nécessaires pour beaucoup d’enfants dont les parents travaillent le temps de présence des enfants à l'école pouvait atteindre huit à dix heures. Or, concernant les apprentissages scolaires mêmes, plusieurs études ont montré que les enfants ne peuvent rester concentrés plus de quatre à six heures par jour, selon l’âge.

En 2005, François Testu et Baptiste janvier (université François Rabelais de Tours) ont observé 30 élèves de maternelle (45 ans), 60 de CP (6-7 ans), et 80 de CM2 (10-11 ans). Résultat?

Tous âges confondus, le niveau de vigilance augmente au fil de la matinée  - surtout entre 9h50 et 10h40. Ensuite, tout dépend de l'âge. La vigilance des 4-5 ans augmente lors de la pause déjeuner, entre 11h40 et 13h50, puis diminue l'après-midi. Chez les primaires, la vigilance diminue à la pause déjeuner, avant d'augmenter à nouveau en deuxième partie d'après-midi, de façon plus légère chez les CP que chez les CM2. Grosso modo, les plus jeunes sont réceptifs surtout en matinée, soit pas plus de trois heures; les plus grands, le matin et en deuxième partie d'après midi, soit environ six  heures. “Ces données suggèrent qu'il faut alléger Ia journée de travail scolaire différemment selon l'âge ”, conclut François Testu.

 

4 - REVOIR LE DECOUPAGE DES VACANCES

La réforme Peillon n'avait apporté aucun changement à ce niveau. Pourtant, alors que les chronobiologistes recommandent en général 7 semaines d'école, suivies de 2 semaines de repos, les élèves de la zone C, par exemple, n'ont eu cette année que 32 jours de classe entre les vacances de Noël et d'hiver, mais ont dû se lever tôt 11,5 semaines d’affilée entre les vacances de Pâques et d'été. .. Concernant ces dernières dont la durée de 2 mois fut décidée en 1939 pour que les enfants puissent aider aux travaux agricoles…“il serait judicieux de les écourter afin d'allonger les congés d'hiver. Car alors, les enfants ont besoin de plus de sommeil ”, explique Jacques Taillard, neurobiologiste spécialiste des :rythmes biologiques (CNRS, Bordeaux). En effet, “la tombée de la nuit, plus précoce en hiver, induit une sécrétion plus tôt de l’hormone de l'endormissement, la mélatonine”. Réduire les vacances d’été permettrait également d'avoir plus de jours scolarisés et d'alléger la journée scolaire. Enfin, “cela diminuerait les inégalités de réussite entre les enfants de milieux défavorisés et les autres, qui ont, eux, les moyens de pratiquer des activités scolaires l'été”, indique Bruno Suchaut, chercheur en sciences de l’éducation à l’université de Lausanne. Lors d'une étude menée sur 257 collégiens français, le chercheur a en effet observé qu'à l'issue des vacances d’été, les plus favorisés amélioraient leurs performances de 0,5 point sur 20, en moyenne.

 

Respecter les rythmes... à la maison aussi

“Rien ne sert d’adapter les horaires scolaires aux rythmes biologiques des enfants s’ils ne sont respectés à la maison. Et là, cela relève des parents", insiste Jacques Taillard.

Les conseils des experts sont connus: information de l’enfant sur le rôle du sommeil pour sa santé. Horaires de lever et de coucher réguliers, restriction des écrans…

“Un coucher tardif n’est pas totalement compensé par un lever tardif car la qualité du sommeil n’est pas aussi bonne en matinée qu'’en début de nuit, ajoute Claire Leconte. En cas des coucher tardif, préférez une sieste lors du creux de vigilance, après le déjeuner.

 

Cerveau : il cache une arme contre son propre déclin

Aude RAMBAUD - SCIENCE & VIE 1199

 

DEUX ZONES TRES LOCALISEES DE REGENERATION PERPETUELLE

Deux réserves de neurones immatures ont à ce jour été localisées dans le cerveau humain.

L’une dans l'hippocampe,  zone qui régule les émotions et ou se forment les souvenirs ; il s‘y produit jusqu‘à 700 nouveaux neurones par jour. L’autre réserve se situe dans le striatum, région qui abrite le système de récompense et qui produit le plaisir.

DE QUOI RELANCER LA MACHINE

Ce qui apparait clairement, en revanche, c’est que fabriquer de nouveaux neurones à l’âge adulte n’est pas un dû et que ce processus nécessite certaines conditions.

 “Il existe en effet des facteurs favorables et d'autres pas, et, malheureusement, la vie moderne fait pencher la balance en faveur des seconds."

La sédentarité, le surpoids, la passivité, le stress, l’isolement social ou encore le manque de sommeil freinent ce phénomène.

Alors, en attendant de percer tous les mystères de notre fascinant cerveau, rien ne nous empêche déjà de tout faire pour relancer la machine de sa régénération.

 

 

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