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LE CYCLE  

 

La santé mentale

Le vélo est-il bon pour la santé ?

LE CORPS VA BIEN... ET LA TÊTE ?

LE CYCLE N°591 - N° 572 - OCTOBRE 2024

 

Éric Charles, chef de service de psychiatrie adulte et universitaire.

Cédric LEROY

Isabelle INCHAUSPÉ

J.-B. Paillisser

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LE CYCLE N°591 - Mai 2026

Santé mentale

Le vélo est-il bon pour la santé ?

 

Éric Charles, 55 ans, est médecin praticien hospitalier à Limoges, chef de service de psychiatrie adulte et universitaire.

« Il y a six ans, j'ai créé une unité de psychopathologie du sport pour prendre en charge des athlètes de haut niveau en souffrance psychique »

Les cyclistes savent que moral et performance sont intimement liés.

En pionnier dans le milieu professionnel, un psychiatre gère les charges mentales de plus en plus lourdes à porter.

 

« La préparation mentale ne sert à rien si l'on ne va pas bien

avec une charge psychologique trop forte »

 

« Quand on est dans des dépressions plutôt légères à modérées, c'est un travail de psychothérapie, on fait des échanges, on parle »

 

« Le manque de plaisir est le premier symptôme de surentraînement  aussi chez des amateurs qui basculent

dans l'addiction au sport, c'est la bigorexie »

 Éric Charles, 55 ans, est médecin praticien hospitalier à Limoges, chef de service de psychiatrie adulte et universitaire. La psychiatrie était pour lui une spécialisation, pas une vocation, mais il a adoré. Il pratique la psychologie et aussi la pharmacologie et les neurosciences. Il touche au fonctionnement global de l'être humain, du corps relié à l'esprit et inversement. La psychologie est un des quatre piliers de l'entraînement qui prend beaucoup d'importance.

 

Le Cycle : Que faisiez-vous avec la FFC à Flamanville pendant une Coupe du monde de cyclo-cross? Vous deviez être perdu ...

Éric Charles : Il y a six ans, j'ai créé une unité de psychopathologie du sport pour prendre en charge des athlètes de haut niveau en souffrance psychique. J'ai une sensibilité particulière par rapport au sport que j'adore et pratique. J'avais été sollicité à la fois par le pôle Espoir cyclisme de Guéret pour faire des bilans qui sont devenus obligatoires et par le club de basket du Limoges CSP, champion d'Europe. Il y a trois ans, Jean-Baptiste Quiclet, directeur de la performance de la formation Decathlon, m'a contacté. Il voulait une cellule psychologique auprès de l'équipe professionnelle, en défricheur. De fil en aiguille, j'ai commencé aussi à travailler pour la FFC. C'est novateur. Aujourd'hui, dans le peloton WorldTour, il y a une seule autre structure à ma connaissance qui a un psychiatre, Ineos Grenadiers.

LC : Le cyclisme n'est pas bon pour la santé psychologique ...

EC : Au contraire, en général! Mais en particulier, sa pratique à haute dose et professionnelle fait que s'ajoute à la souffrance physiologique, seule à être mise en avant naguère, une autre souffrance additionnelle: psychique. Cela représente une charge mentale et une fatigue aussi dure que celle physique. Mon rôle est de dire que quelqu'un qui est en bonne santé, qui va bien mentalement, sera performant. La préparation mentale ne sert à rien si l'on ne va pas bien avec une charge psychologique trop forte. La FFC m'a demandé de créer une cellule, un plan santé mentale sur quatre ans. Certain(e)s athlètes jeunes, des grand(e)s Espoirs ont fait des burn-out, des bored-out. Je vois des routiers, pistards, pilotes BMX parfois épuisés psychologiquement à cause des différentes implications relationnelles avec les entraîneurs, les diététiciens, les directeurs sportifs, le kiné, le préparateur mental, les médecins, les community managers, l'attaché de presse, avec l'envoi permanent des fichiers, les réseaux sociaux, les médias, le manque de résultats. C'est de plus en plus une charge mentale excessive. Aujourd'hui, le sport de haut niveau, le cyclisme en particulier, ce sont des outils et des datas de tous les côtés, un environnement, un encadrement, une médicalisation qui est trop forte, une sollicitation- pression quasi permanente.

LC : Est-ce un phénomène nouveau?

 EC : Avant, il n'y avait pas tout ça et bien moins d'entraînement surveillé, de stages, de capteurs de tous ordres. Avec Strava, les plates-formes internes, les bilans permanents, on peut savoir tout sur rien à interpréter différemment par plusieurs personnes. En plus, il y a la géolocalisation quotidienne culpabilisante, la surveillance par rapport au dopage, des contrôles qui peuvent être faits à tout moment. C'est une charge mentale de plus. On disait que les coureurs étaient « chargés » [dopés, ndlr], mais là, on les charge encore plus, différemment bien sûr, mais c'est pesant. C'est un vrai questionnement. Le mieux est l'ennemi du bien. C'est compliqué pour des athlètes de plus en plus jeunes qui débarquent. C'est nouveau aussi. A 17 ans, ils sont déjà pros, font des déplacements fréquents, loin de leur cellule familiale, comme des adultes. Ils doivent s'autonomiser très tôt avec une foultitude de connexions. On pourrait penser que le vélo est un super sport pour s'épanouir, voyager, mais les charges mentales qu'on n'arrive pas à faire baisser peuvent s'accumuler pour un épuisement qui fixera le burn-out.

LC: Faites-vous un diagnostic assez vite?

EC : Il le faut. La phase avant ce burn-out est le syndrome de surentraînement qui a trois niveaux plus ou moins graves. En débarquant dans le cyclisme, j'ai découvert une approche de ce syndrome uniquement biologique. C'était par exemple l'effondrement du taux de testostérone dans le sang. C'était d'ailleurs assez paradoxal parce qu'on me disait syndrome de surentraînement chez untel à cause de ces taux, et moi, je disais : « Non ! Objectivement, d'un point de vue psychologique, il n'y a pas ce syndrome chez lui, il ne le sent pas ». C'est seulement quand on perçoit psychologiquement ce surentraînement qu'arrive le risque de burn-out. Et si c'est le cas, l'évolution naturelle est la dépression.

LC : Votre objectif est de lutter contre cette dépression latente ...

EC : Oui, agir le plus tôt possible et ne pas arriver au moment où elle est installée. Ce n'est pas simple. J'ai eu lors d'un congrès sur la charge mentale des médecins d'équipes qui sont venus me voir et m'ont posé la question de savoir si c'est plus compliqué chez les cyclistes femmes à haut niveau. Il y a eu pas mal de cas médiatiques récemment. Elles n'ont pas plus de difficultés psychologiques, en revanche, elles ont plus facilement tendance à aller se confier, à en parler et à être dans la demande d'aide sur le plan mental. Les hommes, sans généraliser, gardent plus cela pour eux et « pètent les plombs » ... tout seuls. J'ai mené une étude sur les troubles du comportement alimentaire chez les sportifs de haut niveau aussi. Il existe beaucoup d'attitudes fragilisantes par rapport à l'alimentation, au poids. On croit faussement que cela concerne principalement les filles. En fait, non, c'est une vraie fragilité non-genrée. Dans le cyclisme, on a une forte vigilance maintenant avec les troubles du comportement alimentaire.

LC : Le cas de la lauréate du Tour de France femmes sous les 50 kg a été décrié par des adversaires, comme l'absence de règles ...

EC : Le problème, c'est l'image que ça renvoie pour des filles qui, en difficulté, se disent effectivement « il faut que je sois à ce poids-là, parce que sinon, je ne réussirai pas ». C'est très compliqué pour moi de voir quelqu'un qui va gagner le Tour de France féminin avec un poids qui, si elle était dans mon unité, serait transférée en service d'urgence. C'est-à-dire que je ne la garderais même pas dans mon service pour la soigner, tellement j'aurais peur. Pour les garçons aussi, avec la « maigreur attitude », j'ai vu des fixations terribles sur leur poids, une obsession de perte avec des conduites anorexiques, à l'origine de troubles ensuite de type dépression.

LC : Et comment cela se répare-t-il? Leur dit-on de manger?

EC : L'idée est d'arriver à faire accepter à l'athlète qu'il a un poids de forme et que c'est une fausse croyance que de penser qu'il faut être extrêmement bas pour être performant. Un grimpeur va vous expliquer que s'il perd un kilo, ça va être tant de watts de moins à développer pour les cols. Mais en même temps, ce kilo qu'il n'arrive pas à perdre, alors qu'il est déjà très bas en taux de masse grasse, a des conséquences psychologiques sur les contraintes, les dérèglements hormonaux et la fatigue que cela entraine. Il n'existe pas de grands leaders qui sont mal dans leur peau. Ou alors ils tiennent sur le court terme, par épisodes, mais pas sur le long terme. Beaucoup de champions dans différents sports ont parlé a posteriori de dépression puis d'addictions. André Agassi a expliqué une fois sa carrière finie qu'il détestait le tennis.

 

LC: On voit un psychiatre prescrire des médicaments, des calmants, des benzodiazépines. Est-ce moins médicamenteux dans le cyclisme?

EC : Cela fait vingt ans que je suis psychiatre, je connais les dérives anciennes comme l'utilisation du Stilnox, un somnifère qui était écrasé pour ses effets un peu hallucinogènes combine à de l'alcool pour halluciner et dormir sans se souvenir de rien. Ce sont des choses sur lesquelles on fait extrêmement attention. C'était le problème aussi du dopage, porte d'entrée vers les addictions et à l'inverse les addictions étaient une porte d'entrée vers le dopage avec un lien très fort entre les deux. Maintenant, ces deux aspects, le poids où il y a des préventions particulières qu'on cerne mieux et la charge mentale avec tout ce fonctionnement 2.0 pesant, sont les deux gros totems du vélo. Si je suis la Fédération et une équipe professionnelle, c'est que les choses ont extrêmement évolué. On a un sport vraiment plus sain. Je le dis clairement: il y a quinze ans, je n'aurais pas pu mettre un pied dans un peloton.

LC: Ce n'est pas évident d'arriver avec votre étiquette de psy ...

EC : Si les fragilités de certains que je sens sont exprimées, on ne les cache pas et elles ne sont pas masquées par le dopage. C'est bon signe s'il y a une demande. Il existait une grande réticence par rapport à la psychiatrie de premier abord: « Est-ce que je Wise parler de mes problèmes, de mes difficultés sans paraitre faible ? » C'était difficile a priori. Depuis un an, je suis extrêmement surpris par les demandes et à quel point elles affluent. Contrairement à tous les autres encadrants dans l'équipe, je suis le seul à ne pas être là pour entretenir la pression de la performance. Tout le monde est content de parler, de fait. Normalement, les entraineurs confidents servent un peu aussi à cela. Mais ils changent assez souvent, le turn-over existe. Moi, je suis un référent sur lequel les jeunes ou les adultes peuvent s'appuyer pour essayer de comprendre un peu les phénomènes de burn-out.

LC : Le psy a-t-il un rôle pédagogique?

EC : Les sportifs aiment beaucoup qu'on leur explique les choses. Quand ils me parlent et qu'ils me disent qu'ils ressentent leurs souffrances et difficultés, le fait qu'ils aient en face quelqu'un qui leur dit « c'est normal, ton fonctionnement, ta réaction par rapport à la pression elle est normale », c'est rassurant si c'est un psy qui le formule. Si effectivement je constate que ça a basculé, qu'on est déjà dans un épisode dépressif, dans ces cas-là, il faut traiter.

LC: Et le traitement se fait comment pour un cycliste dépressif?

EC : Quand on est dans des dépressions plutôt légères à modérées, c'est un travail de psychothérapie, on fait des échanges, on parle. Si c'est une dépression qui est plus sévère, c'est parfois le traitement antidépresseur en évitant certaines molécules avec dépendance et accoutumance. Ce type de produits ne va modifier ni dans un sens ni dans l'autre les performances. Donc c'est efficace rapidement. Les dépressions sont plus fréquentes qu'auparavant à cause des charges mentales qui sont bien supérieures. Je pense qu'il y a aujourd'hui beaucoup plus de souffrance psychique dans le monde du sport de haut niveau.

 

LC : Cette explosion de la charge mentale et de la souffrance psychique anxiogène est aussi dans le monde de la performance en général, non?

EC : Oui, le commun des mortels utilise plus d'antidépresseurs comme il y a davantage de sportifs qui ont une charge mentale qui, peut-être, les rend nécessaires pour eux aussi. Je le retrouve dans une autre partie de ma clientèle que sont les médecins qui me le confirment. Je prends en charge aussi les soignants. Il y a dans l'imagerie populaire qu'un sportif est heureux, va bien, fait un métier plaisir. On a beaucoup moins conscience chez eux de cette notion de dépression, de souffrance psychique possible chez ces athlètes de haut niveau par rapport au commun des mortels. Et pourtant! Les « fais-toi plaisir », « je me suis fait plaisir » sont galvaudés chez les pros. C'est un métier où le plaisir est ardu. Alors quand j'en vois qui sont en difficulté, dans le dur, la première étape est justement de reprendre ce plaisir sur un vélo.

LC : C'est un autodiagnostic pour tout cycliste qui permet de savoir si sa pratique est bonne pour sa santé ...

EC : Oui. Le déplaisir s'il est ressenti, il faut l'enlever pendant un moment pour essayer de retrouver du plaisir. Si un cycliste est en difficulté, je vais le questionner, je vais lui dire « est-ce que tu te divertis sur le vélo ? » Si c'est non, gagner des courses, faire des points UCI devient superfétatoire. On ne vient jamais au vélo par hasard. On essaie de comprendre pourquoi on en fait. Le manque de plaisir est le premier symptôme de surentraînement aussi chez des amateurs qui basculent dans l'addiction au sport, c'est la bigorexie. Je vois aussi maintenant des équipes épanouies avec quelques moments durs. Je suis là pour la prévention, pour anticiper. On aborde aussi les problèmes personnels. Les enfants par exemple qui arrivent dans un couple avec un athlète créent de la charge mentale. Cela peut booster mais si cela ne va pas à la maison, sur le vélo, c'est dur.

LC : Le vélo est toujours un vrai bénéfice pour le mental de tous les non-professionnels ...

EC : Bien sûr! Chez monsieur Tout- le-Monde, un cyclosportif, avoir une activité régulière mesurée apporte de la plasticité mentale. Cela améliore le fonctionnement du cerveau. Des études précises montrent que cela permet de créer de nouveaux neurones, la néoneurogenèse. C'est un formidable antidépresseur qui combat aussi les troubles anxieux, le stress. Pédaler en groupe en extérieur dans la campagne s'avère excellent. Cela combine les effets directs de l'activité physique pure et ceux de la socialisation aussi. Allez dehors, pitié pas en salle, moins de home trainer! Disons que pour les professionnels en 2026, leur métier, pédaler, est presque devenu plus dur mentalement que physiquement et que c'est l'inverse pour les amateurs du dimanche.

LC: Toutes les équipes pros auront elles leur psychiatre bientôt?

EC : C'est l'avenir, c'est un beau métier. Cela va prendre de l'importance. Mais ce serait bien si les gens étaient compétents. Pour l'aspect psychologique, il faudra d'autres médecins psychiatres diplômés. C'est rassurant pour tout le monde, encadrement compris. Ce sera sous la condition de faire attention à tous ceux qui gravitent autour, voire sont toujours dans les équipes, qui n'ont pas de diplôme ou qui ont vaguement fait des petites formations, qui amènent des recettes miracles comme j'ai pu le constater, sans validité ni rigueur scientifique. Ces gens ont fait et peuvent faire du mal aux athlètes, avec de la manipulation, parfois de l'emprise. Le sport cycliste a ses oripeaux. N'importe qui ne pratique pas l'hypnose médicale par exemple. Pour les cyclos, si vous pédalez de manière automatisée, trop, sans réel plaisir parce qu'il faut pédaler, parce que si vous ne pédalez pas, vous ne vous sentez pas bien, je conseille de consulter votre médecin ou un praticien du sport qui saura vous orienter si besoin vers des spécialistes d'addictions comportementales.

LC : Votre métier est de poser des questions et vous avez été obligé de répondre à celles du Cycle ...

EC : Oui, cela me change. Cela fait vingt ans qu'on me dit que j'aurais toujours beaucoup de travail. C'est le cas. Mais votre interview m'a mentalement détendu: ne pas travailler et parler. Preuve qu'on en a tous besoin.

 

Editorial Cédric LEROY

Un mental à revers

Une surcharge mentale qui dégrade la santé.

 

La motivation, le mental, voici bien l'autre qualité du sportif. Capable de vous transcender pour dépasser vos limites. Toujours plus loin pour des défis toujours plus fous, le mental est une force incommensurable pour l'être humain. Pour autant, cette force mentale est une valeur immatérielle chez le sportif. Or chacune et chacun peut s'entraîner à la développer ou l'améliorer afin d'accroître ses performances. Une préparation mentale permet au sportif de rester positif, d'affronter ses peurs, d'affirmer clairement ses ambitions et d'atteindre ses objectifs. Ceci passe par la confiance en soi, l'envie de réussir.

Les jeux Paralympiques de Paris 2024 ont réuni des athlètes handicapés du monde entier, chacun ayant surmonté des défis personnels pour atteindre l'excellence à la force du mental. À travers leurs parcours inspirants, ces sportifs démontrent que le mental transcende les limites physiques lorsqu'il s'associe à la résilience, la persévérance et le courage.

Mais à force de vouloir toujours plus, le cerveau sature. L'implosion face à la pression de la peur de perdre ou de gagner, de rester au niveau, ce « toujours plus » crée un stress émotionnel, une surcharge mentale qui dégrade la santé de l'individu. Le phénomène de santé mentale est devenu un fait de société, sa reconnaissance et sa prise en charge, grâce à certains athlètes qui ont levé quelques tabous, ont mis en lumière les manques de considération pour ce sujet. La dépression du sportif malgré une façade dans l'effort est réelle à tous les niveaux. Se sentir bien dans sa tête n'a jamais été aussi important pour réaliser ses challenges sportifs.

 

 

Isabelle INCHAUSPÉ

 

Docteure en psychologie, spécialiste de l'accompagnement des sportifs de haut niveau et des managers en entreprises depuis plus de vingt-cinq ans.

 

Le phénomène de santé mentale est devenu un fait de société. Il toucherait 13 millions de Français. C'est aussi un indicateur de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) qui lui reconnaît un statut de droit humain universel.

C'est enfin une réalité à laquelle sont confrontés les sportifs de tous niveaux.

Le lien entre la préservation de la santé mentale et la réalisation de la performance demeure étroit.

« Réaliser une performance dans le sport de haut niveau n'est pas uniquement un résultat, c'est vivre son potentiel à 100% le jour J, observe-t-elle. Il faut être en pleine possession de ses moyens mentaux : poser des objectifs clairs et atteignables, gérer ses mentions paralysantes et utiliser ses émotions aidantes, prendre les bonnes décisions à l'instant T et pouvoir lâcher prise pour aller au-delà de soi ...

Parvenir à une telle connaissance de soi et à une telle maîtrise [forme d'équilibre, ndlr] est indispensable pour performer ».

La santé mentale recouvre des aspects positifs, explique l'ancienne sportive: « Il existe plusieurs aspects positifs liés à une bonne santé mentale. Certains me paraissent incontournables : ressentir du bien-être dans ce que l'athlète vit et fait tous les jours : être en pleine conscience et en accord avec soi. Développer une confiance en soi [liée au bien-être]. Gérer ses émotions de manière juste : savoir s'adapter. Savoir s'entourer de personnes ouvertes, aidantes dans le respect pour la réalisation du projet de l'athlète. Oser innover dans la recherche de la performance : le sportif se sent suffisamment lucide sur ses besoins et il peut donc aller chercher des pistes qui ne sont pas encore utilisées.

 

 

J.-B. Paillisser

 

Fini les ateliers, les enquêtes, les recommandations savantes, les outils d'évaluation, la santé mentale acquiert toute sa place dans le monde sportif. Il était temps pour ceux qui prétendaient que la gestion de la santé mentale était devenue le problème principal des sportifs sans jamais être tout à fait entendu.

 

Stress, déprime, dépression, peur de perdre et/ou de gagner, survalorisation, stakhanovisme des entraînements, les sportifs professionnels ou amateurs sont souvent soumis à des pressions physiques et mentales considérables handicapant leurs potentiels. Ils se confrontent quelquefois à un stress physique et mental intense et leurs équipes -quand elles existent- ont enfin commencé à reconnaître l'importance de la santé mentale pour la construction de la performance sportive. Une première, le CIO et le Comité international paralympique dans le cadre de son soutien à la santé mentale ont créé une ligne d'assistance dédiée, baptisée « Mentally Fit » à la faveur des JO de Paris. Elle est animée 24h/24 par des conseillers experts dispensant soutien, conseils et orientation en 70 langues.

Cette offre gratuite peut être déclinée, selon les besoins, en 6 séances de conseils jusqu'à trois mois après la compétition. Elle a été disponible avant, pendant et l'est après les Jeux conformément à la recommandation n°5 de l'agenda olympique 2020+5. Ce dispositif s'appuie sur des outils d'évaluation (SMHAT), un référentiel de santé mentale athlète d'élite, un programme de qualifications et de diplômes. Désormais, les clubs et les coaches prennent en compte la santé mentale de leurs athlètes pour les aider à améliorer leurs performances.

 

SES MANIFESTATIONS CHEZ L'ATHLÈTE

Alliée ou ennemie de la performance, son rayon d'action s'avère très large. Isabelle Inchauspé, ex-joueuse de tennis de bon niveau aujourd'hui reconvertie dans l'accompagnement psychologique des sportifs, qualifie ainsi la santé mentale:

« C'est un terme qui pourrait se définir en fonction de personnes et de leurs activités de manière différente. Pour un sportif de haut niveau, la santé mentale est un état d'équilibre entre ce qu'il vit émotionnellement tous les jours et la pratique quotidienne de son sport. » On a affaire à un équilibre précaire, synonyme de sens. « Cet équilibre, poursuit la psychologue, lui permettra de rester lucide dans ses prises de décisions. Il sera plus heureux dans l'exercice de son sport et dans l'acception de la souffrance que demande l'effort de son sport parce qu'elle est porteuse de sens ».

 

RECONNAISSANCE TARDIVE ET PARTIELLE DU DANGER

La question paraît nouvelle mais elle ne l'est pas, souligne Isabelle Inchauspé: « Dans notre société, la pression du résultat, la définition que l'on donne à la réussite "toujours plus" d'argent, de célébrité, de visibilité sur les réseaux sociaux est de plus en plus forte.

Les sportifs n'échappent pas à ce phénomène.

Des Fédérations, des agents, des parents, des entraîneurs ou des sponsors peuvent demander toujours plus au sportif. Ce "plus" crée un déséquilibre émotionnel, une perte de contrôle de son projet et des surcharges de tout [entraînements, compétitions, sollicitations, ndlr]. Dans ce contexte, qui touche presque tous les sports aujourd'hui, la perte d'une bonne santé mentale va extrêmement vite et elle est davantage fréquente donc visible. » Le temps est donc compté pour diagnostiquer un problème de santé mentale. « Les athlètes concernés sont moins complexés qu'auparavant pour consulter sur leur problème psychologique », nous déclare un entraîneur.

 

SA PRISE EN COMPTE PAR LE SPORT

Le traitement de la santé mentale des sportifs ne génère pas forcément de « recettes » universelles. Selon Isabelle Inchauspé, « plusieurs personnes peuvent aider l'athlète à se renforcer mentalement.

Tout d'abord l'entraîneur qui doit bien écouter les besoins du sportif et bien comprendre son projet pour connaître les forces et les freins de l'athlète afin de mieux y répondre. Des spécialistes comme des psychologues ou préparateurs mentaux qui vont donner de la conscience de soi et des outils de gestion de soi.

L'entourage proche qui va par son attention quotidienne aider l'athlète à avoir une bonne santé mentale. En revanche, je ne suis pas en mesure de donner des recettes car il y a autant de recettes que d'athlètes. »

 

L'ACCOMPAGNEMENT PROFESSIONNEL

Ce n'est pas faute de disposer de spécialistes connus et reconnus. Les psychologues sportifs et les préparateurs mentaux, les conseillers en santé mentale et les programmes de bien-être peuvent aider de façon significative les athlètes à surmonter les problèmes de santé mentale. Les équipes ou les clubs peuvent réduire le stress en fournissant un environnement de soutien et en encourageant les sportifs à prendre des pauses régulières pour se reposer, récupérer et se retrouver psychologiquement.

Cependant, les équipes et les clubs malgré leurs efforts salutaires dans ce domaine n'ont pas toujours recours à des professionnels de santé mentale, à une aide plus spécialisée et au concours plus ou moins durable d'un professionnel de santé. Par conséquent, il existe toujours un manque de recherche et de sensibilisation à ces problèmes de santé mentale chez les athlètes d'endurance et d'ultra endurance que le milieu sportif occulte quelquefois. Augmenter son bien-être émotionnel, stabiliser la pression, se sentir bien dans sa tête constituent autant d'atouts pour les sportifs. Autant de données à intégrer, selon les besoins, dans leur préparation mentale.

Une conquête prenant en compte la globalité du pratiquant qui éviterait à ce dernier les déconvenues de la vie et de la carrière.

 

 

Les facteurs dégradants de la santé mentale des sportifs.

La pression du résultat: une attente de l'entourage trop importante qui crée de l'anxiété et/ou du stress.

Une mauvaise gestion du cadre général de l'athlète: objectifs mal posés ou pas adaptés - surcharge d'entraînement, peu d'écoute et trop d'autorité descendante, des blessures souvent liées à une fragilité psychologique qui n'est pas entendue.

L'isolement:

Pas d'entourage assez présent et aidant au quotidien, une perte de sens du projet sportif que l'on n'ose pas exprimer.

 

Il en existe bien d'autres qui appartiennent en général à l'histoire personnelle de l'athlète.

 

 

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